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Les exosquelettes de soutien lombaire : que nous apprend la recherche?

Les exosquelettes de soutien lombaire : que nous apprend la recherche?

Une collaboration entre la recherche et le terrain

Les troubles musculosquelettiques, et plus particulièrement les douleurs au bas du dos, représentent l’une des principales causes d’absentéisme et d’incapacité au travail. Les tâches de manutention, les flexions répétées du tronc et les postures prolongées demeurent parmi les principaux facteurs de risque.

Dans ce contexte, les exosquelettes passifs de soutien lombaire suscitent un intérêt grandissant. Mais leur efficacité en milieu réel de travail demeure encore peu documentée.

C’est pourquoi l’Université Laval, en collaboration avec Corset Saint-Francis, mène actuellement une étude visant à mieux comprendre comment les travailleurs s’adaptent à l’utilisation de l’exosquelette TEOS.

 

Une étude réalisée en conditions réelles

Contrairement à plusieurs recherches effectuées uniquement en laboratoire, cette étude combine :

  • Des essais en laboratoire; 
  • Une utilisation directement dans le milieu de travail; 
  • Plusieurs semaines de suivi; 
  • Des mesures biomécaniques et physiologiques. 

Les chercheurs évaluent notamment :

  • L’activité musculaire 
  • Les mouvements du tronc 
  • La fatigue musculaire 
  • Le confort 
  • La douleur 
  • L’acceptabilité du dispositif
  • L’évolution de ces variables au fil du temps.

Cette approche permet de mieux comprendre comment les travailleurs apprennent progressivement à utiliser l’exosquelette. 

 

Comment fonctionne le TEOS?

Le TEOS est un exosquelette de soutien lombaire à architecture hybride. Un système motorisé est utilisé uniquement pour ajuster le niveau d’assistance en appliquant une distraction mécanique lors de l’activation du dispositif. Une fois cette activation réalisée, le soutien lombaire durant les mouvements est assuré par un mécanisme passif, sans intervention continue du système motorisé. Il utilise plutôt un système mécanique qui emmagasine puis restitue une partie de l’énergie produite lors des mouvements de flexion afin d’assister le dos lors des efforts de manutention.

L’objectif n’est pas de remplacer les muscles, mais de réduire une partie des contraintes exercées sur la région lombaire tout en permettant au travailleur de conserver sa mobilité. 

 

Les premiers résultats

Les résultats préliminaires montrent une réalité plus nuancée que ce que l’on imaginait.

Contrairement à l’idée souvent véhiculée selon laquelle un exosquelette réduit simplement l’activité musculaire, les chercheurs observent plutôt une réorganisation des stratégies musculaires.

Les principaux constats sont :

  • Diminution de l’activité des muscles extenseurs entre le début et la fin du quart de travail,  
  • Diminution de la fatigue perçue entre le début et la fin du quart de travail. 
  • Une augmentation temporaire de l’activité des muscles abdominaux lors des premières utilisations suggérant une stabilisation du tronc ; 
  • Une diminution progressive de cette différence après plusieurs jours d’utilisation; 
  • Des adaptations qui suggèrent un véritable processus d’apprentissage moteur. 

 

Pourquoi est-ce important?

Ces observations montrent qu’il faut laisser aux travailleurs le temps de s’adapter au dispositif.

Comme pour tout nouvel équipement de travail, une période d’apprentissage semble nécessaire avant d’observer pleinement les bénéfices de l’exosquelette.

Cette adaptation pourrait expliquer pourquoi certaines études rapportent des résultats très variables lorsqu’elles évaluent seulement une première utilisation.

 

Des retombées concrètes pour les entreprises

Cette recherche permettra notamment :

  • D’identifier les travailleurs qui bénéficient le plus d’un exosquelette; 
  • De mieux comprendre la période de familiarisation nécessaire; 
  • D’optimiser les protocoles d’implantation; 
  • D’améliorer la formation des utilisateurs; 
  • De favoriser une adoption durable des exosquelettes dans les milieux de travail. 

À terme, ces connaissances pourraient contribuer à réduire les contraintes biomécaniques, améliorer le confort des travailleurs et soutenir les démarches de prévention des troubles musculosquelettiques.

 

En résumé

✔ Les exosquelettes ne modifient pas seulement les efforts physiques; ils modifient également la façon dont le corps organise ses mouvements.

✔ Les premières semaines d’utilisation sont essentielles.

✔ Une bonne intégration passe par la formation, la familiarisation et l’accompagnement des utilisateurs.

✔ Les recherches réalisées directement en milieu de travail sont essentielles pour comprendre les effets réels des exosquelettes.

Auteur: Étienne Groleau, Étudiant au doctorat en Kinésiologie