Marc a toujours mal, mais ce n’est pas seulement ça qui le dérange. Il se sent moins capable qu’avant. Moins endurant, moins stable. Les gestes qui étaient automatiques demandent maintenant plus d’effort. Comme si son dos ne suivait plus.
Ce ressenti est très fréquent dans les maux de dos persistants. Et cela peut s’expliquer en partie par un phénomène bien connu : le déconditionnement.
Lorsque la douleur s’installe, on bouge moins. Par protection, par appréhension, ou simplement parce que c’est plus difficile. Avec le temps, cette réduction d’activité entraîne une diminution de l’endurance musculaire, une altération de la coordination et une baisse de la tolérance à l’effort.
On observe notamment une diminution des capacités des muscles du tronc, parfois associée à des modifications structurelles comme une atrophie ou une infiltration graisseuse des muscles paravertébraux [1,2]. Mais au-delà de ces changements musculaires, c’est la capacité globale à gérer la charge qui diminue. Le corps devient moins tolérant à l’effort, même en l’absence de lésions évolutives.
Un cercle vicieux peut alors s’installer. Moins Marc bouge, plus ses capacités diminuent. Plus elles diminuent, plus les activités deviennent exigeantes. Ce mécanisme, bien décrit dans les modèles de déconditionnement et de fear-avoidance présenté dans l’épisode , contribue directement à la persistance des symptômes et à la perte de fonction [3,4]. Cette perte de fonction est notamment lié au fait que si Marc bouge moins alors ses muscles se déconditionnent, et la condition musculaire est un facteur qui va beaucoup la capacité fonctionnelle. En effet, plus les muscles sont volumineux, moins les patients présentent d’incapacité [2]. Ces résultats suggèrent que les interventions visant à améliorer la condition musculaire pourraient être pertinentes pour réduire l’incapacité.
Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas uniquement de diminuer la douleur, mais de restaurer la capacité fonctionnelle. Les recommandations actuelles insistent sur l’importance du maintien et de la reprise progressive de l’activité comme levier central de récupération [5,6]. Mais en pratique, se remettre en mouvement quand tout semble difficile ou coûteux n’est pas évident.
C’est ici que la notion de charge devient essentielle. Si la charge imposée au dos dépasse ce que Marc peut tolérer aujourd’hui, le mouvement restera inaccessible. À l’inverse, si cette charge est temporairement réduite, il devient possible de bouger à nouveau, dans des conditions plus acceptables. C’est dans cette logique que s’inscrit le TEOS. En agissant comme un modulateur de charge, il réduit temporairement les contraintes appliquées à la région lombaire, ce qui diminue l’effort perçu et facilite la reprise du mouvement. Cette réduction permet de recréer une fenêtre dans laquelle Marc peut bouger, se réentraîner et progressivement reconstruire ses capacités.
Plutôt que de remplacer le travail musculaire, le TEOS permet de le rendre à nouveau possible, en cohérence avec les principes de réadaptation active.
Marc n’a pas perdu son dos. Il a perdu sa capacité à lui faire confiance et à gérer la charge. Et c’est en ré-exposant progressivement son corps à l’effort avec TEOS qu’il pourra la retrouver.
Autrice: Chloé Sutter – Étudiante au post doctorat – Santé
Références
1. Kjaer, P., Bendix, T., Sorensen, J. S., Korsholm, L., & Leboeuf-Yde, C. (2007). Are MRI-defined fat infiltrations in the multifidus muscles associated with low back pain? BMC Medicine, 5(1), 2. https://doi.org/10.1186/1741-7015-5-2
2. Ranger, T. A., Cicuttini, F. M., Jensen, T. S., Heritier, S., & Urquhart, D. M. (2019). Paraspinal muscle cross-sectional area predicts low back disability but not pain intensity. The Spine Journal, 19(5), 862‑868. https://doi.org/10.1016/j.spinee.2018.12.004
3. Verbunt, J. A., Seelen, H. A., Vlaeyen, J. W., Van De Heijden, G. J., Heuts, P. H., Pons, K., & Knottnerus, J. A. (2003). Disuse and deconditioning in chronic low back pain : Concepts and hypotheses on contributing mechanisms. European Journal of Pain, 7(1), 9‑21. https://doi.org/10.1016/S1090-3801(02)00071-X
4. Vlaeyen, J. W. S., & Linton, S. J. (2000). Fear-avoidance and its consequences in chronic musculoskeletal pain : A state of the art. Pain, 85(3), 317‑332. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00242-0
5. Foster, Anema, Cherkin, Chou, & Et., A. (2018). Prevention and treatment of low back pain : Evidence, challenges, and promising directions. The Lancet. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(18)30489-6
6. Maher, C., Underwood, M., & Buchbinder, R. (2017). Non-specific low back pain. The Lancet, 389(10070), 736‑747. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30970-9
