Depuis que Marc a mal, ce n’est plus comme avant. Ses mouvements sont plus lents, plus contrôlés. Il réfléchit davantage à ce qu’il fait, anticipe certains gestes, en évite d’autres. Rien n’est totalement bloqué, mais tout semble plus contraint. Comme si son dos était devenu rigide. Comme s’il ne lui faisait plus complètement confiance. Ce ressenti est très fréquent chez les personnes qui présentent une douleur lombaire persistante. Et surtout, il ne relève pas uniquement d’une impression subjective. La douleur ne modifie pas seulement ce que l’on ressent, elle modifie profondément la manière dont le corps s’organise pour bouger.
Lorsque la douleur apparaît, le système moteur met en place des stratégies dites protectrices. L’objectif est de limiter les contraintes appliquées à la zone perçue comme menacée. Pour y parvenir, le corps adapte ses patterns d’activation musculaire. Les travaux de Hodges et Tucker ont montré que la douleur entraîne une réorganisation de l’activité musculaire, caractérisée notamment par une augmentation de la co-contraction et une rigidification du tronc [1].
À court terme, ces adaptations sont utiles. Elles permettent de protéger les structures et de maintenir une certaine stabilité. Mais lorsqu’elles persistent, elles deviennent moins efficaces, voire délétères. Dans des conditions normales, le système moteur présente une grande flexibilité : un même mouvement n’est jamais exécuté exactement de la même manière. Cette variabilité est essentielle, car elle permet de répartir les contraintes et d’ajuster en permanence le mouvement aux exigences de la tâche. En présence de douleur, cette variabilité diminue. Le mouvement devient plus stéréotypé, plus rigide, comme si le système cherchait à réduire l’incertitude en contrôlant davantage [1,2].
Cette rigidification a un coût. L’augmentation de la co-contraction musculaire, bien qu’elle améliore la stabilité du rachis, s’accompagne d’une augmentation des forces de compression lombaire. Le système moteur semble ainsi opérer un compromis entre stabilité et contrainte mécanique, ajusté en fonction des exigences de la tâche [3]. À plus long terme, ces adaptations contribuent à une réduction de la tolérance à l’effort et à une augmentation de la fatigue, participant ainsi au maintien de la douleur.
Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas simplement de “forcer” le mouvement ou de corriger volontairement la posture. Il s’agit plutôt de redonner au système des conditions dans lesquelles il n’a plus besoin de se protéger en permanence. Lorsque les contraintes sont modulées, le besoin de protection diminue. C’est ici que la dimension mécanique devient essentielle. La colonne assure la transmission des forces de compression et de cisaillement entre le tronc et le bassin lors des activités fonctionnelles. Cette stabilité repose sur la capacité des structures musculaires à générer une rigidité suffisante pour supporter les forces mécaniques [4].
C’est précisément dans cette logique que s’inscrit l’orthèse TEOS. En modulant la charge mécanique appliquée à la colonne lombaire de manière dynamique, elle permet de réduire la contrainte perçue et réelle associée au mouvement. Cette diminution des contraintes peut contribuer à limiter le recours à des stratégies de rigidification excessive, en permettant au corps de retrouver progressivement des modes de mouvement plus souples et plus efficients.
Parce que parfois, ce qui donne l’impression d’être bloqué, ce n’est pas le dos lui-même. C’est la manière dont il s’est adapté pour se protéger.
Autrice: Chloé Sutter – Étudiante au post doctorat – Santé
Références
1. Hodges, P. W., & Tucker, K. (2011). Moving differently in pain : A new theory to explain the adaptation to pain. Pain, 152(3), S90‑S98. https://doi.org/10.1016/j.pain.2010.10.020
2. Van Dieën, J. H., Selen, L. P. J., & Cholewicki, J. (2003). Trunk muscle activation in low-back pain patients, an analysis of the literature. Journal of Electromyography and Kinesiology, 13(4), 333‑351. https://doi.org/10.1016/S1050-6411(03)00041-5
3. Granata, K. P., & Marras, W. S. (2000). Cost–Benefit of Muscle Cocontraction in Protecting Against Spinal Instability: Spine, 25(11), 1398‑1404. https://doi.org/10.1097/00007632-200006010-00012
4. Cholewicki, J., & McGill, S. M. (1996). Mechanical stability of the in viva lumbar spine : Implications for injury and chronic low back pain. Clinical Biomechanics, 11, 1‑15.
