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Épisode 2 – “J’ai peur de me refaire mal”

Depuis quelques jours, Marc bouge un peu plus. Ce n’est pas encore naturel. Il réfléchit à ses gestes, anticipe certains mouvements, en évite d’autres. Mais avec l’aide de TEOS, certaines actions lui semblent déjà plus accessibles. Se lever, marcher, se pencher légèrement… des choses simples, mais qui avaient fini par devenir compliquées.

Avant TEOS quelque chose le retenait. Pas toujours à cause de la douleur mais plutôt à cause de ce qu’elle pourrait provoquer. Comme si chacun de ses mouvements pouvaient être un risque. Cette réaction est un phénomène qui est bien décrit dans la littérature scientifique. La douleur n’est pas uniquement une sensation, elle est aussi interprétée comme un signal de menace. Dans le modèle fear-avoidance, un mouvement qui est associé à la douleur peut progressivement être perçu comme dangereux ce qui conduit à une réduction de l’activité [1,2]. Lorsqu’un mouvement est associé à une expérience douloureuse, il peut progressivement être perçu comme risqué. Cette perception modifie le comportement. On devient plus prudent, puis plus hésitant, puis parfois franchement évitant.

Au départ, cette réaction est logique et vise à protéger. Mais lorsqu’elle s’installe, elle peut avoir l’effet inverse. À force d’éviter certains gestes, le corps s’y expose de moins en moins. La tolérance diminue, la confiance aussi. Ce manque de confiance ne repose pas uniquement sur des pensées. Il s’accompagne aussi de modifications plus profondes dans la manière dont le corps se prépare à bouger. Face à la douleur, notre corps adopte des stratégies protectrices. Les muscles se contractent différemment, le tronc se rigidifie, les mouvements deviennent plus contrôlés, parfois plus saccadés. Ces adaptations, décrites notamment par Hodges & Tucker, visent à limiter l’exposition à la douleur [3].

À court terme, elles sont utiles. Mais à plus long terme, elles peuvent rendre le mouvement moins efficace, plus coûteux, et finalement renforcer l’appréhension à bouger. Le corps protège. Mais en protégeant trop, il finit par freiner.

Marc commence à le ressentir. Ce n’est pas seulement une question de douleur. C’est une question de confiance. Et cette confiance ne revient pas d’un coup. Elle se reconstruit progressivement, à travers l’expérience du mouvement. Dans ce contexte, les approches actuelles ne visent pas à supprimer immédiatement la douleur, mais à restaurer progressivement la capacité à bouger. Cela passe par une exposition graduée au mouvement, dans des conditions perçues comme tolérables [4,5]. En réduisant la contrainte mécanique appliquée à son dos, TEOS permet à Marc d’expérimenter le mouvement dans des conditions plus tolérables. Les gestes restent les mêmes, mais ils sont vécus différemment. Moins menaçants. Plus accessibles. Petit à petit, cela change quelque chose. Marc hésite encore.  Mais parfois, il se lance. Et lorsqu’un mouvement se passe bien, sans douleur marquée, sans sensation de danger… il en garde une trace. Pas une certitude, mais un début de confiance. Demain, Marc hésitera peut-être encore. Mais il saura aussi que certains mouvements sont possibles et que bouger ne signifie pas forcément se faire mal.

Autrice: Chloé Sutter – Étudiante au post doctorat – Santé

Références

1. Vlaeyen, J. W. S., Crombez, G., & Linton, S. J. (2016). The fear-avoidance model of pain. Pain, 157(8), 1588‑1589. https://doi.org/10.1097/j.pain.0000000000000574

2. Vlaeyen, J. W. S., & Linton, S. J. (2000). Fear-avoidance and its consequences in chronic musculoskeletal pain : A state of the art. Pain, 85(3), 317‑332. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00242-0

3. Hodges, P. W., & Tucker, K. (2011). Moving differently in pain : A new theory to explain the adaptation to pain. Pain, 152(3), S90‑S98. https://doi.org/10.1016/j.pain.2010.10.020

4 .Leeuw, M., Goossens, M. E. J. B., Linton, S. J., Crombez, G., Boersma, K., & Vlaeyen, J. W. S. (2007). The Fear-Avoidance Model of Musculoskeletal Pain : Current State of Scientific Evidence. Journal of Behavioral Medicine, 30(1), 77‑94. https://doi.org/10.1007/s10865-006-9085-0

5. Maher, C., Underwood, M., & Buchbinder, R. (2017). Non-specific low back pain. The Lancet, 389(10070), 736‑747. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30970-9

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