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Épisode 1 – “ Je vais me reposer… ça ira mieux”

Marc s’est fait mal au dos en soulevant une boîte au travail. Rien de spectaculaire, mais une douleur suffisamment présente pour changer sa façon de bouger. Depuis, il fait attention. Il évite certains gestes, se relève plus lentement, limite ses activités. On lui a dit de se reposer, alors il se repose. Au fond, cela semble logique. Moins bouger devrait laisser le temps au corps de récupérer.  Les premiers jours, ça le rassure. Mais très vite, quelque chose change. Ce n’est pas seulement la douleur qui persiste. C’est aussi une sensation plus diffuse, plus insidieuse. Bouger devient doucement moins naturel et plus coûteux. Comme si son dos répondait moins bien, comme si chaque mouvement demandait un effort supplémentaire.

Ce que Marc ressent n’a rien d’anodin. Pendant longtemps, le repos a été recommandé en cas de lombalgie. Pourtant, les recommandations actuelles suggèrent plutôt de maintenir ou de reprendre progressivement les activités, même en présence de douleur [1,2].  Lorsque l’on bouge moins, les muscles perdent en endurance, la coordination devient moins efficace, et la tolérance à l’effort diminue. Peu à peu, ce qui était facile devient plus difficile. Ce phénomène, bien décrit dans la littérature, participe à ce que l’on appelle la désadaptation fonctionnelle [3]. Les observations scientifiques montrent que la lombalgie s’accompagne souvent d’une diminution de la mobilité et d’une altération des capacités musculaires [4,5].  Mais l’histoire ne s’arrête pas là. La douleur elle-même modifie la manière dont le corps va se mettre en mouvement. La revue de Hodges (2011) ont montré que, face à une douleur, le système moteur adopte une stratégie protectrice [6]. L’activité musculaire se redistribue, le tronc devient plus raide et les mouvements perdent en fluidité. A court terme, cette adaptation est utile. Elle vise à protéger les structures sensibles. Mais lorsqu’elle persiste, elle rend le mouvement moins efficace, parfois même plus contraignant.

Marc ne le sait pas, mais son corps est en train de s’adapter. Et ces adaptations, bien qu’intentionnellement protectrices, contribuent à rendre le mouvement plus difficile. Plus il évite, plus il perd en capacité. Plus il perd en capacité, plus bouger devient coûteux. Peu à peu, un cercle s’installe, proche de ce que décrit le modèle scientifique fear-avoidance, où la douleur est interprétée comme une menace et conduit à limiter l’activité [7]. Dans ce contexte, dire à Marc de “rester actif” est scientifiquement juste, mais reste incomplet. Car la vraie difficulté n’est pas de comprendre qu’il faut bouger. C’est de pouvoir le faire sans que chaque mouvement devienne une épreuve. L’enjeu est alors de recréer des conditions dans lesquelles le mouvement redevient accessible. Non pas en supprimant toute douleur, mais en la rendant compatible avec l’activité. C’est précisément dans cette logique que s’inscrivent certaines approches de réadaptation modernes, qui cherchent à moduler la charge et à faciliter une reprise progressive du mouvement.

Des solutions comme l’orthèse lombaire dynamique TEOS s’inscrivent dans cette perspective. En réduisant temporairement la contrainte mécanique appliquée à la colonne, elles permettent de diminuer la sensation de charge et de rendre certains mouvements plus tolérables. L’objectif n’est pas de remplacer le mouvement, ni de s’y substituer, mais de créer un environnement dans lequel il redevient possible.

Autrice: Chloé Sutter – Étudiante au post doctorat – Santé

Références

1.Maher, C., Underwood, M., & Buchbinder, R. (2017). Non-specific low back pain. The Lancet, 389(10070), 736‑747. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(16)30970-9

2.Qaseem, Wilt, McLean, Forciea, & Et., A. (2017). Noninvasive Treatments for Acute, Subacute, and Chronic Low Back Pain : A Clinical Practice Guideline From the American College of Physicians. Annals of Internal Medicine. https://doi.org/10.7326/M16-2367

3.Verbunt, J. A., Seelen, H. A., Vlaeyen, J. W., Van De Heijden, G. J., Heuts, P. H., Pons, K., & Knottnerus, J. A. (2003). Disuse and deconditioning in chronic low back pain : Concepts and hypotheses on contributing mechanisms. European Journal of Pain, 7(1), 9‑21. https://doi.org/10.1016/S1090-3801(02)00071-X

4.Kato, S., Demura, S., Shinmura, K., Yokogawa, N., Kabata, T., Matsubara, H., Kajino, Y., Igarashi, K., Inoue, D., Kurokawa, Y., Oku, N., & Tsuchiya, H. (2021). Association of low back pain with muscle weakness, decreased mobility function, and malnutrition in older women : A cross-sectional study. PLOS ONE, 16(1), e0245879. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0245879

5.Makris, U. E., Paul, T. M., Holt, N. E., Latham, N. K., Ni, P., Jette, A., Leveille, S. G., & Bean, J. F. (2016). The Relationship Among Neuromuscular Impairments, Chronic Back Pain, and Mobility in Older Adults. PM&R, 8(8), 738‑747. https://doi.org/10.1016/j.pmrj.2016.01.007

6.Hodges, P. W. (2011). Pain and motor control : From the laboratory to rehabilitation. Journal of Electromyography and Kinesiology, 21(2), 220‑228. https://doi.org/10.1016/j.jelekin.2011.01.002

7.Vlaeyen, J. W. S., & Linton, S. J. (2000). Fear-avoidance and its consequences in chronic musculoskeletal pain : A state of the art. Pain, 85(3), 317‑332. https://doi.org/10.1016/S0304-3959(99)00242-0

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